Notes de travail d’atelier

par Monique Régimbald-Zeiber.

Dans mon atelier, il n’y a presque plus de pinceaux.
…il y a quelques couleurs…
…par terre, papier, retailles de lin, châssis.
Il y a des livres et des lettres.

Ce sont des restes.

Ma production des dernières années s’est développée dans une volonté de quitter le monde de la représentation, de s’éloigner de l’image pour tenter plutôt de se saisir comme espace de présentation donc de rencontre. Cela a impliqué une prise en charge des questions de non/figuration, de surface et d’inscription et une nouvelle méthode qui est traversée par l’écriture.

 Ici, pour moi, dire « écriture », c’est dire aussi dire « les autres ».

Dans mon travail, être « avec les autres » s’incarne dans des rapports ouverts et variés à la lecture, à l’écriture, dans des rencontres et des échanges, dans des ateliers pratiques, parfois même dans des cours/ateliers. Ces circonstances et lieux d’expérimentation, de natures fort différentes, mènent à des résultats tout aussi différents.

Je constate aussi que réfléchir avec « les autres », c’est aller vers l’action. Cette action est nourrie par le travail de l’atelier et le nourrit à son tour. Elle en brise l’isolement et donne de la distance.

Ici, un paradoxe : avec les autres, une pratique de l’abstraction

Donc ce qui était à la base un sujet de recherche L’écrit en peinture s’est transformé, au fil des activités, en méthode de travail d’atelier, de recherche et de création. Le texte et l’image dans leurs interrelations possibles sont maintenant, non seulement des incitatifs, mais deviennent carrément des moyens d’action et d’intervention. Ce qui veut d’abord dire que le texte agit sur l’image et inversement sans que jamais il ne soit question de commentaire ou d’illustration. Ils s’accompagnent, se bousculent et bousculent les pratiques.

Défaire
Agir
Briser l’image

Je reviens à l’écrit :
L’écrit c’est grandes et petites choses : c’est l’archive, le livre, la lettre, la liste, le billet, la carte, la chanson c’est même la signature. L’écrit c’est le mot, le tracé, le biffé, l’adressé, ça peut se concevoir papier et ciseaux en mains. L’écrit c’est du matériel, une activité.

Ainsi l’activité à partir du texte et à travers un rapport critique à l’image aboutira à un autre texte, à d’autres œuvres, imprévues, de forme et de facture. Cette activité, je l’ai parfois appelée « lecture accompagnée ».  J’ai choisi cette expression parce qu’elle dit un échange et un parcours. Elle se déroule, elle se passe entre: entre texte et image, entre écrivain et artiste, entre lecteurs. Elle dépasse la discipline. Son intension porte sur la reconnaissance de l’expérience passée et sur l’attention à l’expérience en déroulement plutôt qu’elle ne prévoit ou n’annonce un résultat. Son issu et sa signature sont imprévues et imprévisibles: une exposition, une image, une histoire, des objets, une série, une performance, un texte, la disparition d’une signature ou tout simplement une impasse.

Montréal, avril 2011

par Monique Régimbald-Zeiber

Éclats de Rome (2009) : détail, Aquarelle sur papier et lin

Ce contenu a été publié dans Dire et faire, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.